La nature redessinée…
Anne-Marie Trignon crée des pièces simples, issues de la forme rigoureuse et archétypale du cylindre, sortes de creusets, où quelques restes figés de matière subsistent. Ces volumes lourds et épais prennent naissance sur le tour du potier, mais plutôt que de conserver leurs formes initiales, elle les provoque en brûlant leurs surfaces, en soumettant leurs parois à des pressions, à des contraintes, à des torsions qui déchirent, blessent et révèlent le cœur du matériau. Vient ensuite la longue et passionnante cuisson où les vapeurs salées lèchent, contournent et déposent de subtiles brillances orangées sur les engobes qu’elle a brossés initialement. Imprévisible est le feu : traces du passage des flammes, couleurs et nuances apparaissent au défournement, alchimie réinventée, déceptions et joies alternées. Anne-Marie Trignon avec passion et toujours avec des gestes mesurés soumet l’argile à sa volonté, la plie et la pousse dans ses derniers retranchements, recule les limites de la tension et de la plasticité, et la contraint jusqu’à la rupture. Quête sans cesse renouvelée, elle continue d’explorer la terre afin d’en exprimer la puissance et la force, invitation à voyager au centre de ce matériau unique et irremplaçable, universel et tellement proche de nous.
Aurélie Bouchat