Après avoir exploré pendant cinq ans les méandres de l’espace habitable, je me suis aventurée dans les vides et les pleins de la sculpture en argile. C’est sur ce terrain de création que j’ai véritablement retrouvé la terre, dans un corps à corps avec la matière, parfois tendre parfois violent.
Depuis quelques années ma recherche s’oriente essentiellement vers la combinaison de deux matériaux : métal et terre.
Cet axe de travail a donné naissance à une série de pièces intitulées ‘Les treillis’.
Ces pièces sont réalisées à partir d’une structure en treillis métallique et de papier-terre.
Cette recherche est basée sur l’articulation et la mise en tension des deux matériaux dans le respect de leurs contraintes, de leurs résistances et de leurs spécificités respectives.
Le treillis est un réseau bien organisé, dont les mailles se suivent, bien alignées, bien rangées …
La structure du treillis est sans surprise, sans accidents ; c’est la régularité et la continuité mêmes.
Souvent d’ailleurs, on ne le regarde jamais pour lui-même…on regarde plutôt ce qu’il y a au-delà ou en-deçà du grillage.
Et puis il y a la terre, la matière vivante.
La terre est souple, malléable, pleine de mouvements, d’ondulations ; la terre est coulante, imprévisible, vibrante. Elle gonfle, rétrécit, elle respire.
Quand la terre vivante et souple rencontre le treillis, neutre et rigide, elle s’infiltre dans ses mailles, se presse contre lui comme pour passer au-delà .
La terre déborde le grillage en même temps qu’elle s’y accroche.
Dans mon travail, la terre renvoie au grillage et le grillage renvoie à la terre : ils se mettent l’un et l’autre en évidence.
Quand mes pièces sèchent, ça continue à bouger, les deux matériaux s’adaptent et chacun prend progressivement sa place respective au sein de l’œuvre.
L’entrelacement de ces deux matériaux tellement opposés va engendrer un nouveau matériau à part entière. Un matière hybride qui se situe quelque part entre la chair, la peau et la structure…
Un « Entre –deux » qui parle d’une rencontre.
Des traces d'éclosion, d'émergence de vie habitent les espaces de mes sculptures jusqu à la cuisson, où la flamme de Vulcain révèle la couleur et pérennise la matière.
Je privilégie les cuissons au bois, nombreuses de mes pièces sont cuites dans des fours-papiers.
La création artistique constitue pour moi une école d’humanité mais aussi d’autonomie, de différence.
A mon sens, l’art est avant tout questionnement et prise de position.
Aujourd’hui, la création artistique me libère et me parle de beauté, elle m’aide à vivre mieux, elle me nourrit .